Situation de départ
Un milieu rural trop pauvre et sous développé pour nourrir ses enfants et leur assurer un avenir digne, provoque irrémédiablement un mouvement massif d’exode. Les filles et les femmes n’en sont pas exclues. Encore victimes de traditions défavorables comme le mariage précoce, le lévirat et l’exclusion de l’héritage, elles sont chaque année des centaines à quitter leur village, emmenant leurs enfants en bas âge, pour tenter leur chance à la capitale. Généralement analphabètes, elles n’y trouvent que peu de perspectives. Elles sont soit domestiques, soit portefaix. C’est à ce dernier groupe, méprisé, exploité et vivant dans des conditions particulièrement misérables que le BICE s’est intéressé.
Leurs conditions de vie sont très précaires. Certaines vivent dans des maisons en ruines, véritables masures, insalubres, sans sanitaire. D’autres ont trouvé refuge dans la rue à la merci des intempéries et en totale insécurité. Malgré la précarité des habitations, lorsqu’il y en a, les portefaix sont obligées de payer le loyer quotidien de 100F CFA (0,15 ?) par adulte et 50F par enfant. Quant aux conditions de travail, elles sont très pénibles. Le travail de portefaix relève du secteur informel et n’est pas réglementé par la loi, d’où aucune protection pour celles qui s’y adonnent. Il existe deux catégories de portefaix :
> les portefaix ambulantes (les plus jeunes) qui à la criée demandent à porter les bagages. Dans les allées et alentours du grand marché elles sont seules ou en groupes.
> les portefaix «employées » (la plupart des adultes) qui ont des employeurs fixes. Celles-ci viennent le matin étaler les marchandises de leurs employeurs et reviennent le soir pour les ranger au magasin. Entre temps elles peuvent mener d’autres activités parallèles (petit commerce, travaux ménagers...) ou se reposer. A cette dernière catégorie se posent moins de problèmes car elles ont une rémunération fixe et sont payées soit à la fin de la journée, soit par semaine ou par mois.
Il convient aussi de signaler que vu le nombre pléthorique des portefaix aujourd’hui, la demande devient plus faible que l’offre. Ainsi certaines femmes portefaix se convertissent dans le travail d’enlèvement des ordures sans aucune précaution, en portant même leurs enfants au dos. Les jeunes filles quant à elles, sont de plus en plus victimes d’exploitation sexuelle.
Sur le plan socioprofessionnel le travail de portefaix souffre d’une mauvaise image, il est dévalorisé, considéré comme l’apanage des laissés pour compte ou des démunis qui ne connaissent pas leurs droits et sont brimés par les autres. La rémunération est dérisoire (entre 0,76 et 2 ? par jour) et n’obéit à aucun principe sauf le bon vouloir des clients. Les charges portées sur la tête sont très lourdes et ont souvent de graves conséquences sur leur état de santé. Quant aux horaires de travail ils ne sont pas fixes ; ils sont déterminés par la contrainte de la survie.
Les principaux résultats
- En 2000, participation à l’élaboration du projet de code de l’enfant et au plaidoyer pour son adoption en 2002 de même que pour la mise en œuvre de la convention 182 de l’OTT (Organisation Internationale du Travail)
- En 2002, participation à l’élaboration de la procédure nationale de rapatriement des enfants victimes de trafic
- Accueil au centre d’éveil précoce de 525 enfants de portefaix de 2 à 6 ans à Lomé et 418 enfants en milieu rural
- Scolarisation de 502 enfants à Lomé et 1 477 enfants en milieu rural dans 85 villages des préfectures de Vo et des Lacs
- Permanence de cours de répétition systématique pour les élèves du cours préparatoire à Lomé et en milieu rural pour tout le cours primaire avec 25 répétiteurs volontaires
- Séances de formation d’information et de sensibilisation pour 610 portefaix en matière d’hygiène, de santé, de gestion et d’éducation civique et morale
- Formation de 31 pairs éducateurs en milieu portefaix à Lomé en matière de IST/VIH/SIDA
- Formation de 53 chefs traditionnels et 149 leaders communautaires en matière de protection et de la promotion des droits de l’enfant
- Garantie d’une assistance juridique systématique en matière de formation et d’information juridique et d’appui dans les procédures judiciaires pour les enfants portefaix et leurs mères. Ainsi, 1 161 jugements supplétifs ont été obtenus pour 1 123 enfants et 38 parents à Lomé et dans les préfectures des Lacs et de Vo
- Diminution de la demande en matière, du fait des fruits des sensibilisations sur l’enregistrement des enfants à la naissance qui devient de plus en plus systématique
- Retrait et réinsertion de 13 mineurs de trafic et création des comités de protection des droits de l’enfant dans 18 villages surtout pour la vigilance contre le trafic
- Facilitation de l’accès aux soins médicaux : 5 430 enfants et 2 379 mères portefaix ont bénéficié de divers soins et de vaccinations à Lomé et en milieu rural
- Les activités de prêts et d’épargne auxquelles ont bénéficié 77 portefaix : en milieu rural, 125 hommes et femmes constitués en 13 groupements économiques ont bénéficiés de prêts
- Retrait de 259 enfants de moins de 15 ans du travail de portefaix et de 27 enfants victimes d’exploitation sexuelle. Réinsertion professionnelle à Lomé de 11 enfants dont 5 victimes d’exploitation sexuelle, réinsertion en milieu rural de 31 filles à risque d’exploitation sexuelle et de 15 victimes d’exploitation sexuelle retirées du travail portefaix
- Insertion professionnelle de 46 autres jeunes filles, également en milieu rural (depuis 2004)
Histoire de vie
Awa raconte : se prostituer pour survivre
« Je m’appelle Awa, j’ai 15 ans. Mon père est mort quand j’avais 6 ou 7 ans. J’ai grandi au village auprès de ma grand-mère et faute de moyens, j’ai dû quitter l’école dès le CP2. Plus tard j’ai rejoint ma mère à Lomé. En raison de conflits avec mon beau père, j’ai quitté la maison. Là pour gagner ma nourriture, j’ai commencé à aider une femme qui vend de la nourriture devant la maison. Je lavais les assiettes quand les clients ont fini de manger ainsi que les marmites. A la fin de la journée, elle me payait 300F CFA (0,46 E). Bien qu’elle me donnait à manger à midi, cette somme était insuffisante pour vivre. Il me fallait rapidement trouver une autre source de revenus, si je ne voulais pas retourner à la maison…
Je sors tous les jours avec mes amies et il nous arrive souvent d’avoir trois partenaires en une nuit. Nos gains varient entre 1000 et 5000F par nuit (1,52 et 7,62 E) selon le temps passé avec les clients. Avec cette somme il nous faut aussi payer la chambre de passe : 500F par passe. Cet argent nous permet juste de nous nourrir et parfois de nous procurer quelques effets vestimentaires et bijoux. Parfois ça se passe dans des boutiques, là nous payons également 500F au gardien ou au propriétaire. Les violences de toutes sortes sont fréquentes dans ce milieu. Il nous est arrivé d’être droguées, violées individuellement ou par des groupes de garçons.
Actuellement j’ai quitté Ablodekpamé car mes amies sont parties et j’étais la seule, livrée aux violence des garçons qui vivent aussi là-bas. Maintenant je dors dans le parking de l’hôtel Palm Beach avec deux autres filles de 13 et 14 ans. Je voudrais laisser cette activité, mais pour cela j’ai besoin d’un appui financier. Je voudrais m’orienter vers la couture. »