Contexte
Les jeunes filles mères en détresse (à Bamako – Mali) sont des jeunes filles originaires de la campagne, arrivées à la capitale pour gagner l’argent de leur trousseau de mariage. Analphabètes et sans formation professionnelle, elles n’ont d’autre opportunité que de louer leurs services comme domestiques. Ignorantes et naïves, certaines d’entres elles contractent des grossesses indésirées. A ce moment, elles perdent leur emploi et comme il n’est pas concevable qu’elles retournent dans leur famille dans cet état, elles cherchent à avorter ou à supprimer l’enfant. Dénoncées ou prises, leur expérience à la capitale se termine en prison.
C’est dans le cadre du projet d’appui aux enfants privés de liberté que le Bice a pris conscience de ce phénomène et a recherché les voies et moyens de prévenir une telle détresse chez ces jeunes filles. Les actions de sensibilisation dans le milieu, le travail en partenariat avec d’autres structures impliquées sur le terrain, l’ouverture d’un centre d’accueil où ces jeunes filles peuvent mener à terme leur grossesse dans de bonnes conditions tout en préparant leur avenir, ont ouvert d’autres perspectives sur ce phénomène social particulièrement dramatique.
Principales activités
Niveau société civile
Le renforcement des capacités de 210 acteurs de la protection de l’enfant sur « l’écoute active, la bonne qualification des infractions »
actions de recherche de famille, de conciliation, de médiation, d’enquête sociale et de préparation des retours en famille pour des enfants en situation difficile ou accueillis dans les centres de protection.
Niveau communautaire
actions de sensibilisation des parents et autorités locales sur les conséquences de l’exode rural des filles, le recensement des enfants sans acte de naissance dans les écoles, l’établissement des jugements supplétifs, la transcription des jugements supplétifs au niveau de la mairie,
Théâtre de rue sur les quatre principes fondamentaux de l’enfant avec présentation de sketchs par les enfants
Réalisations 2009
85 jeunes filles en détresse ont été accueillies au centre "Un toit, une vie" du GRA-Bice Mali (filles mères, filles exploitées par le travail, filles abusées sexuellement, filles en rupture familiale). Toutes ont bénéficié d’un soutien psychosocial, médical, affectif, juridique, de médiation- médiation avec les parents, de retour en famille, d'alphabétisation, de formation préprofessionnelle, de recherche de paternité pour leurs enfants et d'installation à une activité génératrice de revenue dans leur village de provenance.
1853 écoutés par les agents du GRA-Bice Mali
206 enfants non scolarisés ou en échec scolaire ont été alphabétisés, formés en activité génératrice de revenue (fabrique de pâte d'arachide, peinture traditionnelle sur tissus local, fabrique de gâteau, de pain, petit commerce etc.).
Histoires de Vie‘‘Je m’appelle Aminata, j’ai 17 ans. Je suis venue à Bamako pour chercher mon trousseau de mariage et aider ma famille. J’ai travaillé six mois et j’ai fait la connaissance d’un jeune homme qui était gardien dans mon quartier. Lorsque j’ai su que j’étais enceinte, je le lui ai fait savoir. Il ne m’a pas rejetée, mais n’avait rien pour m’héberger. J’ai continué à travailler jusqu’à 7½ mois de grossesse, là ma patronne me libéra parce qu’elle ne pouvait pas prendre en charge l’accouchement. Je n’ai jamais été à l’hôpital pour des visites prénatales. Mon ami n’avait pas de logement donc je passai la journée au marché car personne ne voulait m’employer. Je passai la nuit dehors non loin de là où il travaillait. Au marché, j’ai fait la connaissance d’une fille qui avait le même problème que moi, c'est-à-dire la grossesse. C’est ainsi que nous avons parlé de nos problèmes: le manque d’hébergement, de nourriture, la rupture avec la famille et la peur de rentrer au village sans argent et surtout en ayant perdu notre emploi. Une vendeuse qui nous avait repérées nous a parlé du Centre qu’elle a connu grâce une émission à la radio. Ainsi, elle nous donna l’adresse et le lendemain nous sommes parties et avons demandé notre chemin jusqu’à ce que nous soyons là. Le centre a été bénéfique pour moi, j’ai été très bien accueillie et Dieu merci j’ai accouché dans de bonnes conditions. Le père a reconnu l’enfant. J’ai aussi appris la couture, la cuisine, un peu à lire. J’ai pris confiance en moi et les éducateurs vont essayer d’arranger les choses avec ma famille au village. Je sais aussi que je peux me débrouiller dans la vie’’.

Siama, mère de 7 enfants, dont une fille handicapée, raconte :
«Je me nomme Siama, je suis veuve avec mes 7 enfants. L’une d’entre eux a eu la poliomyélite à l’âge de 2 ans, ses jambes sont atrophiées. En 1996, le Bice a vu que ma fille se déplaçait sur ses mains et a voulu lui venir en aide. Elle a donc été envoyée à Rach Gagnoa pour son premier appareillage. Grâce au BICE, ma fille, aujourd’hui, est très belle, marche comme tous les autres enfants, à l’aide de ses cannes anglaises et depuis, chaque année, le BICE change ses orthèses quand elles deviennent trop petites. Ce n’est pas tout, en 1997, pendant que j’avais des difficultés pour vendre ma banane plantain au marché, le Bice m’a prêté une somme de 50.000 FCFA pour soutenir mon commerce. J’ai pu rembourser le prêt et j’ai continué mon commerce grâce auquel je peux nourrir mes enfants.
Aujourd’hui je vends du maïs. Cette année encore le BICE m’a prêté une somme de 75.000 FCFA que j’ai fini d’ailleurs de rembourser, j’ai même fait une épargne qui m’a été remise devant des personnalités le jour de l’ouverture officielle du CESEH, je me suis sentie valorisée, je rends grâce au BICE. »
Durée: 3 ans