Enfants victimes des conflits armés

R. D. Congo

Situation de départ
Octobre 96, fin d’ère du Président Mobutu, le Zaïre devenu depuis R. D. Congo
bascule dans la guerre. Dès le début du conflit, les enfants sont enrôlés massivement par toutes les parties en présence. Très souvent, au gré de victoires ou de défaites, ils sont passés d’une force ou groupe armé à l’autre.

Pourquoi tant d’enfants recrutés pour participer aux conflits armés ?
Les propos du Général Etienne Kasereka Sindani (4ème région militaire, Kananga) résument bien les causes : « les enfants ont été enrôlés parce qu’ils sont plus faciles à manipuler. De cette façon ils ont été impliqués dans des conflits politiques et militaires qui concernaient les adultes. C’est plus facile de les armer et de les opposer contre leurs parents, leurs frères, contre des enfants de leur âge… Et
ainsi le conflit a perduré. Les enfants se sont trouvés dans un tourbillon de violence au profit des seigneurs de guerre. »

Les filles ont également été concernées. En plus de leur participation aux opérations de guerre, elles ont été victimes de viol, d’esclavage sexuel. Ces faits ont engendré des traumatismes psychologiques, des grossesses précoces avec leur lot de complications et une forte mortalité maternelle et infantile, faute de soins et d’une alimentation suffisante, leur contamination fréquente par des infections sexuellement transmissibles, voire le VIH/SIDA.

Une démobilisation qui a tardé à être effective
Sous la pression internationale et des agences de protection de l’enfance dénonçant le scandale de cette pire forme d’exploitation des enfants, le président Laurent Désiré Kabila signe le 9 juin 2000 un décret-loi portant sur la démobilisation
et réinsertion des groupes vulnérables présents au sein des forces combattantes, dont les enfants de moins de 18 ans. Il aura fallu encore attendre un an et demi pour qu’un premier contingent d’enfants soit effectivement démobilisé. La démobilisation massive n’a débuté qu’en 2004. Le BICE, présent et militant pour la cause de ces enfants depuis le début, a mené une campagne pro-active pour la démobilisation, la réhabilitation et la réinsertion de ces enfants. En partenariat avec certaines autorités militaires motivées, les agents du BICE se sont rendus dans les unités militaires dans les ex-zones de front pour identifier et retirer les enfants des unités. Ce travail s’est avéré particulièrement difficile.

Des civils très touchés par les conflits
Les enfants victimes des conflits armés ont également retenus l’attention du BICE. Ils sont des déplacés de guerre accompagnés ou non, vivant dans la précarité,
des orphelins, des enfants avec un handicap ou souffrant de malnutrition, de séquelles post-traumatiques, des enfants pas scolarisés… Le champ de travail est immense, à l’image de ce pays continent. Mais partout des personnes relèvent la tête et manifestent leur désir de paix, d’un autre avenir et aussi leur inquiétude face à cet avenir meilleur qui semble encore lointain. Les premières élections libres organisées dans le pays, compte tenu de la persistance des violences, ne donnent pas un nouvel espoir aux congolais.
 
 
Les principaux résultats
  • Deux Structures d’Encadrement Transitoire (SET) « le village de paix (BUPOLE) » à Kananga, l’autre à Mbuji Mayi créées et opérationnelles
  • Sensibilisation des populations sur la problématique des enfants soldats et les enjeux de leur réinsertion par des émissions radiophoniques régulières, les préjugés et peurs sont dépassés.
  • Recherche des enfants associés aux forces et groupes armés dans les unités, accueil et accompagnements de 249 enfants soldats démobilisés dans les SET, 337 en milieu ouvert et 11 en prison, soit un total de 597 enfants
  • Tous les jeunes ont bénéficié d’un accueil traditionnel, de soins, d’une nourriture saine et en quantité suffisante, d’un encadrement psycho-social personnalisé, d’un appui vestimentaire et à l’hygiène, de séances d’éducation à la paix, à la vie citoyenne, d’alphabétisation fonctionnelle et ils ont aussi été formés à des activités pré-professionnelles telles que la construction, la boulangerie, la cuisine et la conservation des aliments, la menuiserie, la mécanique, la savonnerie, la photographie ; tous les enfants ont bénéficié d’un kit de réinsertion
  • Réinsertion en famille de ces jeunes ou installation dans des logements individuels dans la ville de Kananga
  • Identification de plus de 1 061 enfants victimes de conflits armés dont 476 garçons et 585 filles
  • Accompagnement de ces enfants victimes et de leurs familles : appui à la scolarisation, appui sanitaire, en intrants agricoles, appui psycho-social, appui pour l’insertion socio économique
  • Formation de personnes relais de l’action dans les principales villes des deux provinces, constitution de CLP (Comités Locaux de Protection et de promotion des droits de l’enfant), mise en place de cellules d’accompagnement, d’alphabétisation et d’éducation de base
  • Mise en place d’une dynamique communautaire avec les villages voisins afin de promouvoir leur développement et de favoriser la réinsertion sociale des ex-enfants soldats placés à la SET
  • Publication d’un Recueil, analyse et commentaire de la législation applicable aux enfants associés aux forces et groupes armés et aux enfants victimes des conflits armés
  • Publication d’un recueil sur les Bonnes Pratiques mises en œuvre dans le projet
  • Production et vulgarisation d’un film documentaire
  • Histoire de vie
    Pascal raconte
    « Un jour vers 12h30 après la sortie des classes, nous rentrions au village avec des amis, nous avons vu un véhicule militaire stationné, que les occupants, tous militaires, faisaient semblant de réparer. Tout d’un coup ils nous ont interpellés ; nous on croyait que c’était pour les aider, mais nous avons vu qu’ils ont continué à interpeller ceux qui ne se sont pas arrêtés. Après ils ont trié les garçons, laissant partir les filles. Ils nous ont embarqués jusque dans un camp où nous avons suivi une formation militaire de six mois. Après cette formation, nous avons été versés dans les rangs des forces combattantes. On nous a d’abord trompé en nous disant que nous n’irions pas au front. A Kisangani, nous avons fait deux semaines, après nous avons été embarqués par le bateau jusqu’à Opala. Il y a des amis qui ont pris la fuite lors du trajet parce qu’ils ne voulaient pas aller au combat. A partir d’Opala, nous avons commencé à combattre contre les Forces Armées Congolaises. »
     
     


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